janvier 21, 2022

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que fait la police ?

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À plusieurs reprises, des cortèges de mariage quittant la mairie pour le lieu de réception ont bloqué la circulation, occasionnant parfois des heurts avec les forces de l

Face à la multiplication des incidents générés par certains cortèges de mariages communautaires, les élus locaux et la police entendent durcir le ton. Leur stratégie : miser sur la responsabilité personnelle des mariés.

Ce n’est plus un fait divers mais un véritable phénomène. Presque chaque week-end, des images de cortèges de mariage qui «dégénèrent» font le tour des réseaux sociaux, montrant chaque fois des faits similaires : l’avant du cortège, composé de voitures de luxe (cabriolets de marque, grosses berlines…) et de deux-roues, s’immobilise au milieu d’un axe routier fréquenté et occasionne des tensions entre automobilistes, parfois des affrontements avec les forces de l’ordre. Ainsi vendredi dernier la rocade de Lyon a été le théâtre de ces incidents  ; le samedi précédent, c’était le centre-ville de Romans-sur-Isère ainsi que celui de Méry-sur-Oise (où les invités de la noce s’en sont pris aux forces de l’ordre en leur lançant des chaises dérobées à la terrasse d’un bar).

Un sens de la «fête» pour le moins atypique, qui exaspère les riverains et désespère les élus municipaux, souvent pris de court devant ces débordements qu’ils peinent parfois à s’expliquer. «Il s’agit d’une preuve flagrante d’incivilité, de mépris des autres, qui met en lumière des comportements auxquels on a fréquemment affaire dans certains quartiers» résume Anthony Borré, l’adjoint au maire (LR) de Nice en charge de la sécurité. «Il faut aussi rappeler sans langue de bois que les mariages concernés sont systématiquement communautaires» ajoute le maire (LR) de Bron, Jérémie Bréaud. D’autres élus désignent même, plus explicitement, les communautés maghrébine et turque – un constat qui avait conduit les sénateurs à voter, par amendement à la loi «séparatisme», la possibilité pour les maires de faire interdire les drapeaux étrangers lors des cérémonies de mariage.

« Les individus concernés sont souvent connus déjà des services de police, et en particulier, beaucoup d’entre eux sont des auteurs réguliers de rodéos sauvages. »

Matthieu Valet, porte-parole du Syndicat indépendant des commissaires de police (SICP)

Outre l’aspect communautaire, le commissaire Matthieu Valet, porte-parole du Syndicat indépendant des commissaires de police (SICP), note également une prédisposition chez ces «fêtards» turbulents à commettre des infractions au Code de la route : «les individus concernés sont souvent connus déjà des services de police, et en particulier, beaucoup d’entre eux sont des auteurs réguliers de rodéos sauvages» précise-t-il au Figaro, faisant allusion aux acrobaties périlleuses et extrêmement bruyantes, en vogue chez un nombre grandissant de jeunes banlieusards.

Une «charte» à destination des mariés

Mais alors, que faire ? Cette question, de nombreux élus se la posent désormais, tentant de prévenir et d’empêcher tant bien que mal ces phénomènes récurrents – et pour partie prévisibles. Une première initiative visant à éviter au plus possible ces incidents a vu le jour à Nice en 2012, avant d’être imitée par de nombreuses autres villes en France : il s’agit de faire signer aux futurs mariés un «engagement de convivialité», dans lequel les amoureux s’engagent à ce qu’eux-mêmes et leurs invités aient une conduite respectueuse à l’égard de la collectivité, avant, pendant et après la cérémonie.

Dans le détail, la charte demande aux futurs époux de «respecter les élus et les agents» ainsi que de «respecter l’horaire choisi pour la célébration», mais aussi de «respecter le Code de la route», c’est-à-dire en particulier de veiller à «ne pas rouler en occasionnant des bouchons ; ou à grande vitesse ; ne pas utiliser les voies de tramway ; ne pas s’asseoir sur les portières ; respecter les feux tricolores et la circulation des piétons, porter un casque en deux-roues, etc.» Dans certains cas, les maires qui ont repris cette charte à leur compte proscrivent également les atteintes à la laïcité, ainsi que les nuisances sonores occasionnées par des instruments de musique. En cas de manquement ou de trouble à l’ordre public, «les futurs
époux en assumeront les conséquences administratives et financières en tant qu’organisateurs de l’évènement» précise encore le texte.

Mise en place depuis une dizaine d’années à Nice, la charte a permis de réduire considérablement les incidents, se félicite Anthony Borré. «Nous célébrons 1300 mariages chaque année, et nous n’avons dû en annuler qu’une dizaine : le fait de rencontrer les futurs mariés pour leur faire signer cet engagement et les mettre face à leurs responsabilités a clairement un effet dissuasif» constate-t-il auprès du Figaro. À plusieurs reprises, précise-t-il, la décision de reporter le mariage lorsque les mariés sont arrivés trop bruyamment, ou bien lourdement en retard, a conduit ceux-ci à désinviter quelques-uns de leurs proches particulièrement agités.

Une réponse pénale insuffisante ?

Même bilan satisfait à Romans-sur-Isère, où la maire (Divers droite) Marie-Hélène Thoraval a mis en place une charte similaire en 2014, et affirme avoir vu baisser drastiquement le nombre de cortèges problématiques. Pour autant, cela n’a pas empêché l’élue d’assister, impuissante, au blocage du centre-ville le week-end dernier. Une situation «hors-normes» à laquelle seul le père de la mariée a su mettre un terme, en parlant directement aux délinquants sur demande de la police – qui était trop peu nombreuse pour faire cesser le chaos. À présent, la maire en appelle à la Justice : certes la vidéosurveillance a permis d’identifier bon nombre des auteurs et de délivrer pas moins de 62 contraventions, pour un montant total de 8370 euros et 108 points retirés. Mais d’une part la plupart des véhicules mis en cause ont été loués à l’étranger, et il n’est pas même certain que les amendes arrivent jusqu’à destination ; et d’autre part, la sanction devrait aux yeux de l’élue être bien plus sévère : «C’est la responsabilité des mariés qui est en jeu et il faut que la loi s’applique : le délit d’entrave à la circulation est puni en France de deux ans d’emprisonnement et de 4500 € d’amende» ajoute Marie-Hélène Thoraval, faisant référence à l’article L412-1 du Code de la route. La Ville n’a pourtant pas porté plainte contre les mariés.

« On a de nombreux signaux qui nous permettent d’anticiper les incidents. »

Jérémie Bréaud, maire (LR) de Bron.

Le maire de Bron Jérémie Bréaud, qui a aussi adopté cette charte, va plus loin encore en se proposant d’intervenir en amont. D’une part en restreignant les mariages aux horaires d’ouverture matinaux de la mairie, «pour éviter que les invités n’arrivent éméchés à cause d’un déjeuner trop arrosé», et d’autre part en renforçant la présence de la police municipale à l’intérieur de l’Hôtel de Ville au cours de la cérémonie. Une décision prise après qu’il a assisté «à des jets de fumigène» au cours d’un mariage l’an passé. Enfin, l’édile a demandé «un travail conjoint des services de police municipale et de police nationale» pour enquêter au préalable sur la réputation des familles, et en particulier, faire remonter l’information lorsque certains des membres sont déjà bien connus des policiers, afin de «prévoir un encadrement approprié». «La ville n’est pas si grande, on a de nombreux signaux qui nous permettent d’anticiper les incidents» explique-t-il au Figaro.

Autant de mesures qui vont certainement «dans le bon sens» mais qui ne suffisent pas à convaincre le commissaire Mathieu Valet, qui dénonce de son côté l’insuffisance de la réponse pénale. «Les chartes n’engagent que ceux qui y croient» tempête le porte-parole du SICP, qui appelle lui aussi les juges à «faire correctement appliquer la loi», en particulier lorsque les délits d’entrave à la circulation et de mise en danger de la vie d’autrui sont caractérisés. «L’ennui, c’est que la jurisprudence des tribunaux tend à donner à la qualification de ces faits une interprétation très restrictive, ce qui fait qu’en pratique ils ne sont presque jamais retenus» regrette-t-il. Ajoutant : «Il faut simplifier la loi. Les mariés doivent être tenus pour responsables de A à Z, comme c’est déjà le cas pour les organisateurs des manifestations.» Et de conclure : «Seule la certitude de poursuites pénales systématiques peut mettre un terme aux débordements».

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