janvier 21, 2022

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Détruite par les talibans, une fresque bouddhiste afghane reproduite à l’identique au Japon

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La peinture originale représentait un Bodhisattva bleu, un disciple de Bouddha qui retarde son accession au nirvana pour aider les êtres humains.

PATRIMOINE – Après trois années de travail, des chercheurs japonais ont réalisé un «super clone» de cette œuvre détruite en 2001 dans la vallée de Bamiyan.

Détruite en 2001 par les talibans en Afghanistan, des chercheurs japonais ont reproduit à l’identique une fresque bouddhiste. La peinture originale représentait un Bodhisattva bleu, un disciple de Bouddha qui retarde son accession au nirvana pour aider les êtres humains. Cette reproduction trait pour trait est un mélange de techniques traditionnelles et numériques, espérant ainsi préserver et transmettre l’esprit de cette œuvre aux générations futures.

Il ne reste plus un seul fragment de la peinture rupestre du VIIe siècle, pulvérisée à l’explosif en même temps que les deux Bouddhas géants et d’autres objets archéologiques dans la vallée afghane de Bamiyan, un crime contre le patrimoine mondial qui avait suscité un tollé. Le Japon est un important donateur à l’Afghanistan et participe depuis longtemps à la préservation du patrimoine archéologique de la vallée de Bamiyan, un carrefour d’anciennes civilisations situé dans le centre de l’Afghanistan et considéré comme l’un des berceaux du bouddhisme japonais.

Une copie «super clone»

La fidèle réplique, fruit de trois années de travail à la pointe de la technologie, a été exposée dans un musée de Tokyo entre septembre et octobre, soit quelques semaines à peine après la reprise du pouvoir par les talibans en Afghanistan. Longue de six mètres et haute de trois mètres, sa copie en taille réelle a été qualifiée de «super clone» par l’équipe de reproduction de l’Université des Arts de Tokyo. «Nous avons réussi à recréer une représentation très précise en trois dimensions», de la texture à la peinture utilisée, explique à l’AFP Takashi Inoue, codirecteur de l’équipe et professeur spécialisé dans le patrimoine culturel eurasien.

L’équipe de Takashi Inoue a traité numériquement une centaine de photos de la fresque originale prises par des archéologues japonais avant sa destruction, afin de créer un modèle informatique de sa surface. Ces données ont ensuite été introduites dans une machine, gravant la forme exacte dans un bloc de polystyrène. Une équipe d’artistes a ensuite achevé la copie en appliquant une peinture traditionnelle d’un bleu profond, la couleur lapis-lazuli, similaire à celle de la fresque d’origine.

Cette photo de la réplique a été prise le 7 octobre 2021, lorsqu’elle était exposée à l’Université des Arts de Tokyo. CHARLY TRIBALLEAU / AFP
Toute destruction est vaine

Par ce procédé, «nous avons aujourd’hui les capacités de redonner forme aux œuvres et d’en transmettre l’esprit aux nouvelles générations», estime Takashi Inoue. «Toute destruction est vaine, préservons ensemble le patrimoine de l’humanité», lance-t-il. Pour Kosaku Maeda, historien japonais spécialiste des vestiges de Bamiyan et codirecteur de l’équipe de reproduction de la fresque, les images «extrêmement choquantes» des Bouddhas de Bamiyan disparaissant dans des nuages de poussière restent gravées dans les mémoires.

«Avec les techniques actuelles de reconstitution, toute destruction est vide de sens» aujourd’hui car «nous pouvons recréer les œuvres presque à l’infini et c’est notre message», estime Kosaku Maeda, historien japonais spécialiste des vestiges de Bamiyan et codirecteur de l’équipe de reproduction de la fresque.

Économie afghane en berne

Le nouveau régime islamiste a insisté sur sa volonté de protéger le patrimoine archéologique d’Afghanistan, contrairement à ses actes lors de son précédent passage au pouvoir de 1996 à 2001. Lors d’une visite à Bamiyan début octobre, des journalistes de l’AFP ont vu des talibans monter la garde près des cavités qui abritaient les deux Bouddhas géants dans la paroi d’une falaise. Avec l’économie afghane qui s’effondre, les talibans se sont rendu compte que la protection du patrimoine « donne du travail et des revenus réguliers», rapporte à l’AFP Philippe Marquis, directeur de la délégation archéologique française en Afghanistan.

Un centre culturel soutenu par l’Unesco est en cours de construction à Bamiyan, bien que son inauguration prévue cette année ait été retardée par la prise de pouvoir des talibans. Kosaku Maeda rêve de construire parallèlement un «musée de la paix» dans la vallée et, si possible, d’y exposer la copie de la fresque. «Une nation reste vivante lorsque sa culture reste vivante», souligne-t-il en citant le message inscrit sur une banderole à l’entrée du Musée national de Kaboul.

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